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L'aquarelle chinoise Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Texte de Fernand BENTOLILA
Professeur Université René Descartes

Trois grands cils d’émeraude, roseaux

(Mallarmé)

L’aquarelle, art très populaire en Chine, exige beaucoup d’efforts et de discipline. Il s’agit d’abord, grâce à des exercices répétés, de maîtriser un papier vivant et un pinceau plein de ressources. On est bien droit, sans crispation, et on tient le pinceau à la verticale : le poignet souple permet la plus grande liberté de mouvement. Et l’on fait des variations sur les traits, en suivant un élan rythmique, comme musical, comme dansé : court / long, fin / large, léger / appuyé, clair / foncé, fermé / ouvert, abstrait / concret… On évite la symétrie dans les noirs comme dans les blancs ; on fuit la régularité et l’uniformité. Chaque trait a son tracé propre et l’élève même débutant sait immédiatement s’il a réussi ou non.
Quand on « représente » les motifs traditionnels (bambou, orchidée, pivoine ou prunus ) on n’imite pas des modèles concrets. La ressemblance arrive par une autre voie, par une accumulation de traits spécifiques, comme si on exprimait un archétype qu’on portait en soi, une abstraction élaborée à partir de mille visions concrètes. Et alors, le bambou peint, « l’absence de tout bosquet », est presque plus vrai que les bambous réels avec lesquels il rivalise de beauté.
Il y a quelque chose de précaire et de poignant dans cette technique du trait unique : chaque coup de pinceau est sans repentir. Cette fraîcheur du premier jet qu’on admire dans les aquarelles chinoises, l’artiste ne peut que la rencontrer (en laissant libre cours à son énergie vitale) ; il ne peut pas la demander. Et les plus grands peintres chinois reconnaissent avec humilité la part de hasard dans certaines de leurs réussites : « le pinceau travaille ! le papier travaille ! »
Paradoxalement, cet art très stylisé, très codifié est aussi très attentif au réel et nous apprend à mieux le voir. Li Zhongyao et Li Xiaohong disent que peindre c’est se donner du plaisir, c’est comme se promener dans la nature, communier avec elle et en retirer joie et bien-être. Cette tradition millénaire, c’est un bonheur pour nous de la voir enseignée ici par des maîtres compétents et exigeants ; elle nous répète inlassablement la même leçon : observer, admirer et respecter la nature et sa beauté pour y puiser force et espérance.

 

Fernand BENTOLILA

Professeur Université René Descartes

 
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